Jusque-là j’ai réussi à échapper à l’aigreur face au monde d’aujourd’hui, au SIDA, à l’envie de me reproduire, et jusqu’à il y a deux ans, à Bilag. Jusque-là j’ai aussi réussi à échapper au fait d’avoir une réponse claire à donner à la question: «Tu vas te faire vacciner?». Plusieurs fois j’ai répondu «J’ai pas trop envie qu’on m’inocule un produit en service depuis à peine quelques mois», «Je ne suis pas à risque» (mais ça, on ne le sait pas avant d’y être), «Mais je ne l’ai même pas chopé!» (j’étais peut-être asymptomatique). Certains réagissent mal à ces réponses un peu légères et s’écrient: «Ah, ça y est t’es antivax?!!»

Comme l’étau se resserre et qu’il va falloir sérieusement penser à la question, céder à la pression du potentiel passeport vaccinal, être simplement altruiste ou s’immoler par le feu dans un geste contestataire, j’ai bien réfléchi. Premièrement, je suis un peu gonflée de critiquer le manque de recul concernant les effets secondaires et l’efficacité du truc, car quand il s’agissait de partir voir le vaste monde, je n’ai pas du tout questionné le fait qu’on me vaccine contre l’hépatite A, B ou J, la fièvre jaune, qu’on me fasse un rappel pour le ROR, le tétanos, etc. Quand je n’ai pas retrouvé mon carnet de vaccin, je n’ai pas hésité à refaire tous les rappels possibles et imaginables. Et là je chipote parce qu’on veut m’injecter un produit qui, peut-être, me fera mal au bras, provoquer la détresse d’un organe, me filer de la fièvre, me tuer si je n’ai vraiment pas de chance, être inefficace. Et les effets positifs, j’y pense?

En fait, j’aimerais qu’on me donne certaines garanties, des raisons valables et péremptoires. Par exemple, si on se fait vacciner, est-ce qu’on pourra à nouveau faire son travail sans masque? Est-ce qu’on n’aura plus besoin de crier derrière un plexiglas pour demander une pochette cadeau? Est-ce qu’on pourra de nouveau manger des avocats mûrs parce qu’on aura pu en tripoter plusieurs dans le bac pour trouver le bon sans que personne n’appelle la sécurité? Est-ce qu’on aura de nouveau le droit de tousser fort sur d’autres personnes (Dieu ce que ça me manque!)? Est-ce qu’on pourra de nouveau tous utiliser la même brosse à dents? Est-ce que les gens comprendront de nouveau qu’on leur sourit et qu’on n’est pas victime de spasmes intestinaux? Est-ce qu’on pourra à nouveau postillonner au-dessus du buffet de salades et crudités? Est-ce qu’on pourra enlever son masque sans être obligé de fumer des clopes?

Si on me garantit le retour de toutes ces libertés, alors ok. Et je vous enverrai un selfie avec mon pansement licorne.

Magali Charlet

Retrouvez les chroniques de Magali Charlet dans son premier recueil: « Un peu de la vie et nous dedans » paru aux éditions de la Maison Rose. Commande possible sur: www.lamaisonrose.ch.