On arrive tranquillement en haut de la montée, sur la grande place entre Valère et Tourbillon. J’aperçois une dame qui se lève pour jeter à la poubelle, d’un air agacé, un sachet en papier blanc, de ceux avec lesquels on emballe les produits de boulangerie. Elle soupire, et retourne s’asseoir sur son bout de mur, au soleil.

Un chien gambade librement sur les pavés. Il a fait irruption dans notre promenade, quelques mètres plus bas. Un de ces petits chiens de chasse blanc et brun, court sur pattes, avec des oreilles inadéquatement proportionnées et un œil espiègle, voire sournois. Un petit chien bien sympathique qui s’autopromène du mardi.

On salue la dame (qui a définitivement l’air énervé) et on entame notre ascension. On monte au château de Tourbillon. C’est raide. C’est le Valais.

Le chien monte un bout avec nous. Quelques instants auparavant, il aboyait, tout frétillant, en regardant la dame qui se tenait, un peu raide et sceptique, à un mètre de lui. Alors qu’on monte, elle nous lance un regard peu empreint d’amour du prochain. C’est là que je réalise que cette dame croit que ce chien est le nôtre. Et qu’on le laisse naviguer en toute liberté. Et qu’il lui a probablement boulotté son sandwich pendant qu’on le voyait pas, parce qu’il était arrivé avant nous sur l’esplanade, et qu’on ne s’excuse même pas, et qu’on le laisse aboyer contre les gens sans rien dire, et qu’on sourit même, parce qu’on le trouve sûrement trop mignon notre chien-chien à nous!

La dame quitte la grande place, toute en pétard. Nous, on rejoint le merveilleux jardin qui est derrière le château. Un endroit magique ce jardin. Il est à la fois comme une prairie et comme un verger, planté de vieux arbres. Il est déposé au sommet de cette roche qui a résisté au glissement du glacier de la plaine du Rhône.

À cet endroit, il y a le merveilleux silence au milieu du tumulte de la vallée, le ciel qui s’étale, et le temps qui suspend son cours. On savoure la lumière du matin, avec une petite pensée pour cette dame qui était toute contrariée de la flânerie.

Comme quoi, parfois, on se pourrit la vie presque tout seul. On croit qu’on sait ce qu’on voit, mais ce n’est jamais que ce qu’on croit qu’on sait qu’on voit…

Magali Charlet