Portrait de Claudia Comte, Grancy/Berlin

Portrait de Claudia Comte, Grancy/Berlin
02 Mar 2018

Elle aligne les performances, créations et expositions de Bâle à Cleveland, en passant par New York, Porto ou Mexico. Elle a des projets sur une île danoise, on l’invite en Nouvelle-Zélande à passer trois semaines sur un bateau en compagnie de scientifiques et d’autres artistes dans le but d’allier recherche et art contemporain. Bref, Claudia Comte est sans cesse en mouvement. Son «pied-à terre» actuel se nomme Berlin, mais on peut la qualifier de citoyenne du monde ayant ses racines à Grancy où elle a grandi. «Si tu te sens bien dans ta tête et ton corps, tu peux vivre n’importe où», explique-t-elle. Grancy lui a donné le goût de la nature et du bois. «Ce sont aussi des souvenirs d’enfance, mes frères, aller chercher du lait à la laiterie villageoise en roller ou les promenades du dimanche en famille qui m’ont certainement inspirée, même si, sur le moment, je devais faire la tête à l’idée de ces balades!», précise-t-elle en se marrant.

Ado, il y a surtout l’envie de création qui se développe, avec la volonté d’intégrer l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). Ses parents lui conseillent «fortement» d’assurer ses arrières: elle obtient ainsi un Master à la HEP (Haute école pédagogique) qui fait d’elle une prof de dessin. «Pour financer mes études, j’ai fait des  remplacements, du baby sitting, j’ai ramassé des pommes, emballé des tommes, nettoyé les presses rotatives à Bussigny et travaillé pendant dix ans à la caisse du Château de Morges, pratiquement tous les week-ends. J’ai acquis ainsi une ouverture assez large, mais la seule chose qui a du sens pour moi, c’est d’être artiste.»

Des activités très variées

«Artiste, que voulait dire ce terme? Je n’en savais rien puisque, dans la famille, personne ne l’est. Je l’ai appris petit à petit. Le public imagine que l’on est des êtres dans la lune ou un peu «à la masse». Au contraire, on doit être super organisé dans son boulot, on doit se montrer sociable, rencontrer des gens, voyager, parler plusieurs langues et assurer sa communication.»

Claudia s’entoure d’assistant(e)s dont le nombre varie en fonction de la taille et de la  nature des oeuvres qu’elle crée: des ponceurs, un menuisier pour le socle de ses installations, des personnes pour les peintures murales gigantesques, d’autres s’occupant de l’administration. Elle évoque aussi un tailleur de pierre qui, à l’aide de l’informatique et grâce à des robots, lui «coupe» dans du marbre des répliques exactes de ses sculptures sur bois effectuées à la tronçonneuse…

«Oui, je suis un peu cheffe d’entreprise!», ajoute-t-elle. Gravures, peintures, installations multimédias, performances où les spectateurs jouent un rôle: le panel des activités de Claudia est fort varié. À travers la réalisation de ses projets, elle développe des techniques. «Mon travail fait référence à la nature, à l’écologie, à la géométrie, à l’histoire de l’art, à la pop culture et à des observations de voyages. Chaque sculpture ou peinture constitue un organe de tout un corps. Comme une
pièce de puzzle de ce que j’ai en moi. En ce sens, mon travail est évolutif.»

La plasticienne de Grancy se décrit comme une personne «curieuse, volontaire, énergique, optimiste et qui aime bien partager et s’amuser avec des amis pour évacuer de temps en temps la pression et le stress liés à ce job». La petite-fille du fromager Willy Comte a découvert Berlin depuis 2010 et dès lors elle fait des allers-retours entre son atelier et la Suisse afin d’organiser tout son travail. Ces va-et-vient permanents sont-ils un peu lourds au bout de quelques années? Peut-être puisque Claudia imagine complètement recréer sa base dans notre pays et revenir à moyen ou long terme. «Mon copain est bâlois et nous aimerions bien trouver une maison à la campagne entre la Romandie et la Suisse alémanique. Ce serait idéal! Bien sûr, il y aurait beaucoup de travail au niveau de l’atelier, mais bon, j’ai toujours eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment», conclut celle qui a pris la ferme résolution, en 2018, de (re)commencer à pratiquer
un peu de sport!

Claude Alain Monnard

Video
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