Boussens, mise en production d’une centrale à biogaz

Boussens, mise en production d’une centrale à biogaz
26 Sep 2020

Du fumier source d’énergie.

Avec persévérance, Cédric Morier, agriculteur bio à Boussens, concrétise cette année son projet de biogaz sur lequel il œuvre depuis 15 ans.

Adepte de la culture bio et précurseur sur les questions d’environnement, Cédric Morier a étudié un moyen de mettre à profit l’énergie stockée dans les déchets organiques agricoles. Il raconte: «En 2005, je venais d’arrêter l’agriculture d’élevage et je cherchais un engrais naturel de substitution pour enrichir les sols de mes champs. Sachant que le fumier de cheval, que l’on trouve en quantité dans la région, n’est pas assez riche pour la fertilisation, j’ai cherché un moyen de l’enrichir.»

Il se rapproche alors d’Yves Membrez, directeur du bureau d’études et de conseils EREP spécialisé dans le traitement et la valorisation des déchets et des effluents organiques. Il découvre qu’à partir de déchets organiques, et par le biais d’une centrale à biogaz, il est possible de fabriquer un engrais naturel de qualité et peu odorant ainsi que de produire du gaz, de l’électricité et de la chaleur. Aujourd’hui, il existe plus d’une centaine d’installations à biogaz en Suisse. Celle de BiomAgri est à la pointe par son rendement élevé grâce à l’utilisation de toutes les énergies produites.

Fonctionnement simplifié de la centrale à biogaz

À Boussens, la centrale fonctionne depuis juillet 2020. 180 m³ de déchets organiques uniquement agricoles sont traités chaque semaine. Cette matière, appelée substrat, est composée à 70% de fumier de cheval, à 10% de fumier de volaille et à 20% de déchets céréaliers. Elle provient d’exploitations agricoles et de manèges de la région. Elle est déposée dans un garage (le digesteur) où, pendant quatre semaines, en milieu vidé d’oxygène et à une température constante d’environ 45°, elle est digérée par des micro-organismes. Il en résulte du compost (le digestat) utilisable par l’agriculture, de la chaleur et du gaz, principalement du méthane.

Ensuite, chaleur et gaz résiduels sont utilisés pour produire par co-génération, au moyen de moteurs et de turbines, de l’électricité et du chauffage. Actuellement, l’électricité est réinjectée dans le réseau; un contrat de rachat a été conclu pour 20 ans avec Pronovo. Il est prévu que l’installation boussinoise produise l’équivalent de la consommation annuelle de 400 foyers. Quant au chauffage, il sert à maintenir constante la température des installations et au séchage de bois ou de céréales. D’autres utilisations du gaz et du chauffage sont possibles dans l’avenir.

Sécurité et environnement

Le site se trouve à l’extérieur du village, en zone agricole. Derrière un hangar brun, se dressent quatre garages aux lourdes portes hermétiques et une pièce attenante qui, une fois à l’intérieur, révèle un impressionnant système de tuyaux, moteurs, vannes, écrans de contrôle… Cédric connaît bien son affaire: «J’ai choisi de travailler avec un constructeur allemand réputé pour sa fiabilité et sa robustesse. Des soudeurs spécialisés dans l’inox sont venus sur place pendant six mois. En tout, on a collaboré avec 58 fournisseurs!»

L’ensemble du système est informatisé et sous contrôle: des capteurs détectent la moindre anomalie et peuvent arrêter l’installation, même en cas de panne électrique. Cédric ajoute: «Les surfaces en béton ont été recouvertes d’une matière à base d’Epoxy garantissant l’étanchéité des digesteurs et les odeurs générées lors de la vidange des garages sont neutralisées par un biofiltre. Le seul moment où peut se dégager une odeur, c’est lors du dépôt de matière organique dans le garage.»

Prestations de BiomAgri SA

Après de nombreux rebondissements dans le choix d’investisseurs, Cédric Morier, onze agriculteurs de la région et un manège s’associent pour créer en avril 2018 BiomAgri SA. La société revend aujourd’hui de l’électricité et propose aussi le transport de la matière organique, l’épandage du digestat dans les champs ainsi que le séchage de bois et de céréales. Si les conditions sanitaires le permettent, des portes ouvertes seront organisées le printemps prochain.

Texte et photos Nathalie Martin