Chêne pour la cathédrale de Lausanne. Les bancs du Sépey

Chêne pour la cathédrale de Lausanne. Les bancs du Sépey
24 Oct 2020

«Nous allons prochainement procéder à une coupe dans la forêt du Sépey et précisément sur la parcelle de l’Etat. De gros chênes seront abattus en vue de faire de nouveaux bancs pour la Cathédrale de Lausanne. Donc, si ça t’intéresse… », m’avait informé par SMS le garde forestier Harry Kleiner.

Autrefois ce fut une chênaie

En 1999, l’ouragan Lothar fit des ravages dans les forêts. Dans les bois du Sépey, des hêtres mis à mal durent être coupés quelques années plus tard et remplacés par des chênes.

Essence de lumière, le chêne a tendance à prendre ses aises s’il a de la place pour se déployer. Ici, ils ont été plantés de manière serrée afin qu’ils grandissent en hauteur et non en largeur. Il faut également savoir, qu’au 17e siècle, le bois du Sépey était une chênaie dans laquelle les autorités de l’époque puisaient abondamment.

Le Bois du Canal

La réalisation et l’entretien du canal d’Entreroches, notamment en lien avec la construction d’écluses, mais aussi l’exploitation des moulins, exigeaient d’importantes quantités de chênes. Une partie du bois fut même appelée le Bois du Canal, car elle était propriété de la Compagnie du même nom.

Au 19e siècle, elle fut achetée par l’Etat de Vaud qui en est toujours propriétaire. Et c’est sur cette parcelle qu’on a procédé la semaine dernière à une coupe de ce bois permettant de créer de nouveaux bancs pour la Cathédrale de Lausanne. Ces bancs, qui seront inaurés au printemps 2022, seront fabriqués entièrement en bois, d’après une technologie développée par le Laboratoire Ibois de l’EPFL.

Délicate opération

Sur place, les tronçonneuses vrombissent, deux bûcherons s’affairent autour d’un chêne majestueux, mais récalcitrant, qui ne veut pas se laisser faire. «Ils ne sont pas forcément droits et l’opération s’avère délicate. Il faut les contrarier un peu au moment de l’abattage, en jouant sur la charnière qui reste. Ce bois dur est très cassant et la charnière ne fait pas son travail jusqu’au bout. Il y a des risques d’éclatement du bois ou alors que l’arbre ne tombe pas dans la direction voulue, d’autant plus que les pièces sont belles», expliquent le bûcheron Sébastien Pitiot et Harry Kleiner, garde-forestier.

Aux alentours, des mesures strictes de sécurité sont prises, surtout dans une forêt comme celles-ci où beaucoup de gens se promènent. En plus des barrières et des écriteaux, deux bûcherons montent la garde.

25 chênes abattus

Dans cette zone, 25 chênes ont été abattus qui donneront 25 à 30 m3 de bonne qualité. «Pour ça, nous devons couper le double du volume requis. Une partie de qualité moyenne sera récupérée par le Centre de formation professionnelle et le solde, utilisé comme bois de feu.»

Durant la pause, Sébastien et son collègue Nolan montrent à des enfants présents les outils utilisés, répondent à leurs questions et expliquent quelques «secrets» de l’abattage d’un arbre. Il s’agit de réaliser une entaille du côté où le chêne doit tomber: à environ 30 cm du sol, une première coupe à 45° sur une certaine épaisseur, puis une seconde, au-dessous et à l’horizontale pour détacher une portion de tronc.

Couper le bois « hors sève »

La troisième coupe, appelée taille d’abattage, se fait à l’opposé, à environ trois cm plus haut que la coupe horizontale de l’entaille, sans toutefois rejoindre celle-ci. Il reste alors suffisamment de bois non coupé entre l’entaille et le trait d’abattage pour former la charnière qui retient momentanément l’arbre sur ce pivot.

Le bois étant un élément vivant, nos aïeux ont toujours porté une attention toute particulière au moment de la coupe des arbres. Ils avaient remarqué qu’en coupant le bois «hors sève», soit de novembre à fin mars, en lune descendante et quand les arbres sont en repos végétatif, le bois séchait plus vite et était de meilleure qualité.

Cette habitude résulte d’un savoir basé sur de longues observations et surtout de la nécessité d’obtenir un bois le plus parfait possible étant donné la somme de travail qu’une coupe représentait. «Ici, ça me fait un peu mal au ventre», constate Harry, «car c’est la deuxième fois en 34 ans de carrière que je coupe des arbres encore porteurs de feuilles vertes. C’est juste la saison d’abattage qui me gêne», poursuit-il en reconnaissant son utilité.

La relève est là

«Au moins, ces bois vont rester là, sans prendre la direction de la France, voire de la Chine! D’autre part, cette zone de coupe est prometteuse car on a un tapis de jeunes chênes en devenir. La relève est là, de nombreux glands sont tombés cette année, ce qui va faire une belle germination ce printemps!

Claude-Alain Monnard