«De Stefan Zweig à Martin Bodmer: la collection [in]visible», c’est le titre de la nouvelle exposition à la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature à Montricher (du 24 avril au 29 août 2021). Zweig (1881-1942) n’est pas seulement l’auteur à succès que l’on connaît, il fut aussi un important collectionneur de manuscrits littéraires. Il a ainsi réuni dans un assortiment éclectique, qui reflète son intérêt marqué pour la diversité des littératures européennes, plusieurs centaines de textes autographes des auteurs qu’il admirait le plus: brouillons d’œuvres célèbres ou inédites, notes préparatoires, billets intimes, de la Renaissance jusqu’à ses contemporains. Cette galerie personnelle des «plus grands maîtres de tous les temps » – Goethe, Balzac, Rimbaud y croisent Racine, Casanova et Wilde –représentait aussi pour lui la possibilité de sonder les mystères de la création artistique.

Un patrimoine littéraire

Contraint à l’exil par la menace du nazisme, Stefan Zweig choisit de se séparer de cet ensemble qu’il estimait «plus digne de me survivre que mes propres œuvres» et engagea à cet effet le libraire viennois Heinrich Hinterberger, avec qui il en organisa la vente depuis Londres. La majeure partie de la collection fut alors recueillie par le bibliophile suisse Martin Bodmer (1899-1971), dont Zweig connaissait de réputation la déjà célèbre bibliothèque. Son unité caractéristique put ainsi être largement sauvegardée.

En rendant à nouveau visible une collection longtemps considérée disparue, cette exposition offre une occasion rare de voir quelques-unes des plus belles pages du patrimoine littéraire de la main même de leurs créateurs, et interroge ce qui pouvait rapprocher les deux collectionneurs dans leurs projets respectifs. En héritiers de Goethe, ils partageaient une conception «magique» du manuscrit autographe comme lieu d’évocation de «génies» à travers leurs traces écrites, mais aussi une vision humaniste de la Weltliteratur – ou littérature mondiale – comme horizon culturel face à la montée brutale des nationalismes.

L’expo est ouverte de mardi à vendredi (14h-18h) et samedi-di-manche (11h-18h) sur réservation en ligne le week-end.

Communiqué