« Je n’ai que de bons souvenirs de cette formation »

Au bénéfice d’une maturité fédérale (latin-anglais, obtenue en 1977 à l’ancien gymnase de Montbenon à Lausanne, actuel président de la Confédération, a été dispensé de l’année initiale à Marcelin, école qu’il a fréquentée deux ans (1978-1979), après un apprentissage d’agriculteur en Suisse alémanique dans une ferme d’Altavilla (FR), près de Morat.

À Morges, Guy Parmelin était externe (demi-pensionnaire); il effectuait donc les trajets en train de Morges jusqu’à la halte de Gilly-Bursinel, toute proche de chez lui. Parfois, dans sa descente de l’Avenue de Marcelin pour rejoindre la Gare, il s’arrêtait à la Pizzeria du Moulin.

Contacté par nos soins pour participer à ce cahier spécial, il a accepté de répondre à nos questions.

Monsieur le président, notre cahier s’intitule: «On a tous quelque chose en nous de Marcelin». Dès lors, vous reste-t-il quelque chose de cette école?

Je n’ai que de bons souvenirs de cette période et de la formation reçue à Marcelin. Après le gymnase, j’avais clairement envie de pratique, que l’école de Marcelin conciliait très bien avec la théorie. On nous enseignait, exemples à l’appui, le plan de rotation des cultures, les normes de fumure; tout cela était nouveau pour moi et vraiment passionnant. En clair: on apprenait le métier «avec les mains dans le moteur».

À Marcelin, vous avez obtenu votre diplôme en 1979, l’année de vos 20 ans. Cette formation tient-elle une place particulière dans votre vie et avez-vous fêté cet anniversaire et votre diplôme d’une façon spéciale?

Je mentirais en répondant non; toutes les formations que l’on suit s’imprègnent généralement dans la mémoire. Ce fut aussi le cas pour moi avec Marcelin. Mais pas au point de faire la noce – comme on dit chez nous – après l’obtention du diplôme. Un cap était franchi, on pouvait passer à autre chose. Voilà tout. Et pour mon 20e anniversaire, je n’ai rien fait de spécial. Dans la famille, on réservait plutôt les grandes fêtes à la célébration des quarts de siècle.

Etiez-vous bon élève? Quelles étaient vos matières fortes… et les moins fortes?

J’ai obtenu le diplôme avec mention «Très bien». En fait, j’ai toujours aimé apprendre, de sorte que je n’ai jamais considéré mes études comme un pensum. Mes années de formation se sont par conséquent déroulées de façon tout à fait fluide et agréable. Mais je n’aimais pas toutes les branches pour autant: très intéressé par les grandes cultures et l’alimentation du bétail, je l’étais beaucoup moins par la chimie et la mécanique…

Dans le corps professoral, y a-t-il eu des personnages qui vous ont marqué?

Je me souviens surtout de Marcel Sandoz, qui enseignait notamment l’économie rurale. C’était une vraie personnalité, très attachée aux valeurs terriennes. Ingénieur agronome de formation, il pouvait parler d’expérience, puisqu’il était à la tête d’une grande exploitation à Lavigny. Et à côté de cela, il s’investissait pour la défense des intérêts du secteur, comme président de l’USP et comme conseiller national. Pierre-Yves Bachmann m’a également beaucoup marqué. Il n’était pas directeur de Marcelin pour rien, incarnant mieux que personne l’expression «une main de fer dans un gant de velours».

Avez-vous gardé des amitiés avec les étudiants de l’époque?

Peu, à vrai dire. Nous avons suivi des parcours de vie différents, et il est vrai que je me suis assez rapidement tourné vers la politique. J’ai cependant retrouvé quelques connaissances dans le cadre des groupes de vulgarisation. En fait, j’ai gardé davantage de contacts avec mes camarades de maîtrise.

Plus anecdotique: on raconte qu’il y avait de sérieux contrôles de la direction pour éviter les contacts entre Marcelins et les Marcelines de l’Ecole ménagère! Vrai?

Je n’ai rien observé de particulier à cet égard! Non pas que j’étais aveugle, mais il se trouve que je n’étais pas interne, et que les contrôles, si contrôles il y avait, devaient être plus serrés une fois la nuit tombée…

Il s’en est fallu d’un «P» à la place d’un «C» pour que votre nom de famille soit l’anagramme parfait de Marcelin, c’est dire si vous aviez cette formation dans la peau! Plus sérieusement, qu’aimeriez-vous dire aux jeunes d’aujourd’hui qui veulent se former pour devenir agriculteurs parce qu’ils sont passionnés par cette branche tout en étant inquiets par les débouchés économiques?

J’aimerais insister sur la nécessité de se former et surtout de diversifier ses canaux de formation. Mon passage préalable au gymnase a été, en ce qui me concerne, absolument salutaire. Je voudrais aussi souligner l’importance des langues, notamment de l’allemand ou du suisse allemand. Un séjour outre-Sarine lors de son apprentissage me paraît à cet égard absolument indispensable. Cela dit, je constate que, plus généralement, le monde de la terre – la relève notamment –, est en proie au doute. Je souhaite néanmoins lui dire qu’avec du dynamisme et de la motivation, on peut facilement estomper ce doute. J’ai foi en l’avenir de ce métier, mais encore faut-il que ce métier sache se montrer entreprenant et créatif.

Propos recueillis par Pascal Pellegrino

légende photo Nous avons prié Guy Parmelin nous transmettre une photo de lui à Marcelin. Hélas, après quelques recherches (merci à son épouse!), rien n’a été trouvé hormis une photo du futur conseiller fédéral l’année de ses 20 ans (et de l’obtention de son diplôme à Marcelin) avec, à ses côtés son grand-père Elie, son père Richard et le charron du village, Ulysse Perrenoud, dans le carnotzet de la ferme familiale à Bursins.