Hasard

Ces derniers temps j’ai regardé plusieurs films sur la guerre de 14-18, allez savoir pourquoi. C’est un peu comme quand vous allez trois fois durant la même semaine dans un bled où vous n’allez jamais d’habitude.

Les films sur la guerre de 14-18, ça fait vachement relativiser plein de choses. Et j’aime bien ce qui me fait vachement relativiser plein de choses. Pour ceux qui n’auraient pas suivi les cours d’histoire avec assiduité, pas vu récemment de films sur la Première Guerre mondiale, pas entendu grand-maman raconter comment c’était d’après comment on le lui avait raconté, c’est la guerre où on pensait qu’on allait gagner fastoche contre «les boches», que ça n’allait pas durer, c’était la liesse totale dans les rues avec des soldats tout fiers et contents d’aller tirer deux-trois coups de fusil, et qui a tourné assez vite au charnier total, tuant notamment les trois quarts des paysans français (et une bonne partie des savoirs agricoles traditionnels qui allaient avec) dans des tranchées sordides, laissant des tas de braves gaillards défigurés à coup d’obus, aveugles à coup de gaz de je ne sais pas trop quoi, ou avec des bouts en moins, et des tas de veuves et des orphelins.

Dans les années qui ont suivi la fin de la guerre, il devait être assez courant j’imagine de croiser ces estropiés, comme ça doit être le cas en Afghanistan aujourd’hui. Qu’est-ce que ça me ferait de me retrouver assise dans le train devant quelqu’un avec plein de bouts en moins?

Donc voilà, il suffit que je réalise que j’ai tout mon visage, tous mes membres, que je suis en vie, et surtout, que je ne suis rien du tout, pour remettre immédiatement de la légèreté dans mon humble existence. Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas à chaque instant de la leçon de mon pote J.-B. au sortir de ses douze chimios: «On se prend beaucoup trop au sérieux»!

Si vous n’êtes pas trop film de guerre, les documentaires de la BBC sur l’histoire de la Terre marchent assez bien aussi. On se souvient que des cataclysmes, des extinctions, il y en a eu plein, et qu’à l’échelle de l’histoire de l’univers, si on faisait un ratio, l’Homme représenterait une demi-seconde de présence sur 24h, quelque chose comme ça. C’est une demi-seconde où il réussit à mettre un bazar assez phénoménal on est d’accord. Fera moins le malin au prochain hiver volcanique. Il y a des tas de choses qui auront soudain beaucoup moins d’importance que quand l’horizon était bien dégagé…

Magali Charlet