L’amateur de culture, pour autant qu’il possède un pass sanitaire, croule actuellement sous une offre particulièrement abondante. Les cinémas débordent de productions des deux dernières années, les musées regorgent de nouvelles expositions, les théâtres pullulent de nouveaux spectacles, les salles de concert n’attendent qu’à être remplies, les sorties littéraires ne faiblissent pas… Le choix se trouve dès lors bien compliqué lorsqu’on a qu’un dimanche soir à disposition pour élargir son champ d’horizon. Et pourtant, c’est une foule compacte qui s’est pressée dimanche 14 novembre à la seule représentation traîne-gourdine (complète) de «2, rue des mégères» par les Sissi’s au Théâtre du Pré-aux-Moines.

Deux forces de la nature !

Les Sissi’s: faut-il encore les présenter? Les deux Sylvie (Berney-Grobéty et Galuppo) sont des habituées de la scène vaudoise et ont su, depuis de nombreuses années, se constituer un public fidèle. Car, dans son rapport solide au canton qui lui est cher, le duo sait parler de ces petits problèmes universels du quotidien. Pas question ici de physique quantique, d’impératif catégorique kantien ou de pari pascalien. Non, ici on philosophe sur le tri des déchets, les petites tromperies et la quantité de kirsch suffisante pour imbiber les cerises de façon optimale. On ne se réfère ni à Marguerite Duras, ni à Jackson Pollock, mais à Guy Parmelin, Jean-Marc Richard et Jean Villard-Gilles, auquel les deux comédiennes rendent hommage dans un version pour le moins alternative de «La Venoge». Le tout mâtiné, bien sûr, d’un accent vaudois à couper au couteau!

Alors devant le foisonnement culturel précédemment évoqué, quelle raison aurait l’amateur de culture de choisir un humour local décomplexé, voire volontiers potache? Eh bien, justement, peut-être que la raison réside dans la simplicité, dans l’authenticité et dans le laisser-aller dans lequel nous emportent ces deux forces de la nature. Deux comédiennes discrètes, impressionnées de se retrouver soudain programmées dans un «vrai» théâtre et qui ont fait tout un travail de réadaptation de leur two-mégères show avec Eric Thomas et Nathalie Devantay pour cette opportunité; deux comédiennes saisies d’un trac palpable, mais déterminées à offrir le meilleur d’elles-mêmes. Qui ne se lassent pas de faire circuler un spectacle vivant, depuis dix ans, l’adaptant, au gré de leurs pérégrinations, aux particularismes villageois et régionaux. «2, Rue des Mégères» est un spectacle simple, et ce n’est pas un gros mot, qui, de petites misères sociales en petites misères sexuelles, de maris infidèles en salons de coiffure, parle de qui nous sommes.

Grégoire de Rham