Imaginer que le milieu du XXe siècle fut profondément égalitaire en comparaison avec ses prédécesseurs est un leurre. Pourtant, il a connu des figures féminines aussi fortes que Simone de Beauvoir ou Simone Veil.

À l’heure où les prémices du féminisme s’esquissent en Europe, le symbole de la ménagère est encore et toujours le plus reconnu socialement. Alors que nous fêtions en 2021 les 40 ans du suffrage féminin en Suisse, The Postiche, groupe choral composé de douze chanteuses aux profils variés, s’est attelé à la rude tâche de rendre compte d’un passé pas si lointain. Pourtant, il nous paraît à des an-nées-lumières de l’idéal paritaire auquel la société aspire désormais.

Mordant, inspiré, inspirant

Ainsi se montrait l’objectif de «Cocotte Minute», présenté pour la première fois au Théâtre du Pré-aux-Moines le 18 décembre dernier. Dans cette optique, la metteuse en scène Stéfanie Mango a effectué un titanesque travail de recherche d’archives pour isoler des passages croustillants de La Jeune Ménagère – symbole journalistique d’une époque que l’on espère en grande part révolue – et pour mettre ces mots des années 50 en musique avec le concours de la compositrice Joséphine Maillefer.

Le résultat est bluffant: la partition est superbement sophistiquée et l’interprétation n’a pas à rougir. On se laisse bercer par ce ton décalé, ces mots qui résonnent et raisonnent dans nos esprits d’une telle façon qu’on ne sait si on doit les trouver drôles ou désespérants.

Mordant, inspiré, inspirant, le spectacle est perpétuel. Des conseils de «Marraine» qui avise les jeunes filles sur les dangers de la séduction et de l’émancipation à la publicité des nouveaux magasins «Innovation», la forme est résolument caustique, on rit et s’indigne simultanément.

«Cocotte Minute», par rapport à l’avalanche de spectacles militants présents sur le marché culturel, est doté d’une force non négligeable. En effet, loin d’asséner haut et fort des idées trop partisanes, Stéfanie Mango et sa troupe prennent le parti de constater le passé plutôt que de se jeter trop vite dans des désirs d’avenir. Etablir le gouffre qui nous sépare parfois de la conception du monde que se faisaient nos parents ou nos grands-parents nous permet d’adopter un regard plus critique sur les inégalités de notre époque et donne bon espoir de pouvoir y apporter notre petit grain de sel. Une idée que Nietzsche résume ainsi: «Féconder le passé en engendrant l’avenir, tel est le sens du présent.»

Grégoire De Rham