La danse est un outil pour briser le tabou du mot cancer

Né il y a trente-deux ans à Gérone, en Catalogne, David Rodriguez vit et travaille maintenant à Lausanne au sein de la LVC (Ligue vaudoise contre le cancer). Tous les jeudis à 18h, on le voit sur la plateforme www.parlonscancer.ch, ainsi que sur You-tube, pour l’émission Parlons cancer – live, une série de discussions traitant de l’accompagnement des enfants, du soutien des adultes, des réseaux d’entraide, de l’alimentation ou du mouvement. Plus d’une centaine d’animations de direct avec des patient(e)s, des proches, des médecins, des artistes, des travailleuses et travailleurs sociaux. «Au-delà de la théorie, je tombe toujours sur des histoires personnelles inspirantes qui me font dire que Parlons cancer – live constitue une véritable école de vie!», explique-t-il. Je l’avais rencontré il y a plusieurs mois lors d’un de ces directs où j’avais été convié et sa trajectoire personnelle et sa manière de fonctionner empreinte de douceur, de tact et de professionnalisme m’avaient impressionné.

À Gérone, il a eu la chance de participer à beaucoup d’activités en dehors de l’école: piano au Conservatoire, basket-ball ou théâtre qui l’a connecté à la danse à l’âge de 16 ans, soit très tard. Quelques mois après ses premiers cours de ballet de danse classique, les événements se sont précipités. «Sans rien me dire, un de mes amis a envoyé un dossier de candidature à l’Ecole-Atelier Rudra Béjart, et un jour, j’ai passé (avec succès) une audition! Je n’y croyais pas et Lausanne est devenu ainsi un chez moi.»

Reconnaissant envers la LVC

Dès lors, les tournées, les spectacles aux quatre coins du monde ont rythmé sa vie pendant plusieurs années. Il a intégré également d’autres compagnies célèbres, travaillant tant la danse classique que contemporaine. En 2016, ressentant depuis un certain temps des douleurs au niveau de l’aine, il se rend chez un médecin qui diagnostique un cancer. «Quand tu apprends la nouvelle, c’est le choc. Tu écoutes, mais tu n’entends pas ce que les oncologues te disent, sauf que le lendemain tu te fais opérer. Sur le moment, tu n’as pas trop le temps de réfléchir!»

Entouré de son compagnon et de sa famille, David «digère» du mieux possible, refuse par instinct une radiothérapie préventive et, deux semaines après l’intervention, il remonte sur scène! «J’avais vraiment besoin de me sentir vivant.»

S’en suivent alors deux ans durant lesquels il continue de danser à un rythme soutenu, tout en entamant une réflexion profonde. «Il y a un avant et un après diagnostic: deux personnes m’habitent. Je suis toujours le même David, passionné et très actif, mais aussi celui qui priorise ce que j’avais laissé de côté durant ma carrière, à savoir entretenir des amitiés et les liens familiaux, jouir du moment présent.»

Au fil de ses réflexions, se construit de manière précise la volonté de «faire quelque chose» avec son histoire. Il crée donc un festival de danse à Gérone (d’une durée de quatre jours actuellement avec la présence de 95 artistes) dans le but de sensibiliser le public à cette maladie. Titulaire d’un master en gestion culturelle de l’Université Ouverte de Catalogne, il souhaite mettre sur pied des projets culturels en lien avec la danse qu’il présente à la LVC trois ans jour pour jour après son opération. Le dossier est accepté par la Direction et David fait ainsi son entrée au sein de la fondation. En vue du 60e anniversaire de cette dernière, il fait jouer ses réseaux pour mettre sur pied un spectacle intitulé Dansons la vie. Mais le Covid ayant passé par là, cette manifestation a dû être reportée.

«Pour briser le tabou du mot cancer, la danse constitue un outil magnifique, car on évoque forcément le corps, l’activité physique, le côté artistique, la créativité, la mémoire, le mouvement, le rythme, la joie, le partage et certains sentiments que tu ne peux pas communiquer avec des mots.»

En conclusion, David exprime sa reconnaissance à la LVC de lui permettre de mener à bien ces projets auxquels il croit profondément. «Peut-être que des anges m’ont mené là pour donner du sens à ce que je fais!»

Claude-Alain Monnard