L’esprit de la montagne

Un raid de plusieurs jours à ski de randonnée, entre amis, avec des nuit passées en bivouac: la proposition était tentante, et pour cela le Tour de l’Olan semblait constituer l’itinéraire parfait. Notre ami Renaud avait eu cette judicieuse idée et, sans mal, avait su la faire infuser en nous, à la chaleur de son enthousiasme contagieux.

Pierrot, le plus expérimenté de l’équipe, nous avait alors ciselé un parcours aux petits oignons. On était encore jeunes et toujours un peu «foufous». Nos genoux n’avaient encore subi aucune déchirure, ni nos organismes des déconvenues du même genre…

C’était en mai 2013 déjà. Il y a une éternité, dans un autre monde. Un monde, où on ne dégainait pas encore son smartphone à tout bout de champ pour faire savoir au monde entier qu’on était là. Un monde aussi où l’insouciance était encore de mise, au sein de notre joyeuse bande de célibataires un peu attardés. Je me souviens qu’il m’avait fallu faire plus de quatre heures de voiture pour rejoindre les copains et que je ne l’avais pas regretté.

Infos sur camptocamp.org

Je me rappelle aussi qu’une fois garé, j’avais croisé deux randonneuses, qui ne semblaient absolument pas comprendre ce que je faisais là en baskets de trail, avec des skis sur le sac à dos et mes chaussures fixées dessus. La chaleur et le soleil leur avaient bien caché que là où je montais d’un pas décidé, c’était encore l’hiver. Mais nous, nous le savions fort bien et c’est pour cela que nous nous y étions donné rendez-vous.

Je serais bien en peine de redonner l’itinéraire exact suivi, mais celles et ceux que cela intéresse le retrouveront probablement sans mal sur le site camptocamp.org. C’est un classique dans la région.

Je me souviens en revanche de l’essentiel, et à merveille: la montagne est belle, changeante et enivrante à cette période de l’année; certaine descentes semblent bien plus raides une fois en bas qu’en plein dedans, que tirer à temps quelques azimuts peut sauver d’un brouillard mauvais; qu’improviser un bain dans un torrent de montagne glacial vaut toutes les thérapies et les décrassages du monde et surtout qu’il est juste et bon de profiter de tels plaisirs dans la gratitude et l’amitié aussi longtemps qu’il en est encore temps.

En 3 mots

Mental

L’Olan est un sommet emblématique du massif des Ecrins, dans les Hautes-Alpes (France). Il culmine à 3564 mètres d’altitude. Bien que peu connu en Suisse, il s’agit du sommet le plus occidental de toutes les Alpes.

Prodige

J’ai récemment eu le privilège d’interviewer l’alpiniste star Benjamin Védrines. Il se trouve que c’est à l’Olan, dans les Ecrins, que le Français a fait ses premières armes. «On dormait à la belle étoile. On se faisait des tisanes avec les herbes trouvées autour. On était à l’arrache avec les vêtements et le matériel du bord, mais toujours dans la bonne humeur, la simplicité et ce goût de l’effort ensemble.»

Plan B

Autre classique mais en aller-retour dans la région: Le Dôme de Neige des Écrins (4015m). Il s’agit là d’une rando à ski plus exigeante, à réaliser sur deux ou trois jours depuis le Pré de Madame Carle avec un fort dénivelé, des passages techniques (crevasses, séracs) sur glacier, nécessitant une bonne condition physique et de l’expérience, mais offrant des paysages grandioses.

LAURENT GRABET

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