On le voit régulièrement à l’Expo de Coss ou avec ses amis d’ici, Romain, Joachim et Eddy, des dégustateurs de bonnes bouteilles de vin rouge. Auto-baptisés les «Black Magics», ils se réunissent sept à huit fois par année, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre et «dissertent» autour des crûs qu’ils découvrent, avec interdiction d’aborder des sujets autres que le vin: «Pas de politique, ni de problèmes de boulot!» Dans ce groupe, l’amitié est solide, les bons mots et les rires fusent tout au long de la soirée.

À la télévision, mon interlocuteur officie en tant que consultant lors de certaines épreuves cyclistes. Ses commentaires captivent les amateurs de la «petite reine» et son entente avec le journaliste sportif Romain Roseng s’avère très forte. C’est que Daniel Atienza en connaît un bout sur le sujet: il a commencé à rouler à douze ans dans le cadre du Vélo Club de la Broye et, au fil des années, il a gravi les échelons, devenant professionnel en 1997. «Et pourtant, rien ne me prédestinait à cette profession de coureur cycliste. Ma maman ne sait pas aller à vélo et je n’ai pas grandi dans un univers sportif.»

Gamin éprouvant le besoin de bouger, il a pratiqué toutes les disciplines possibles à Moudon: le foot, la gym, le basket, mais quand il a participé à une initiation cycliste dans le club local, le coup de foudre a été immédiat. «C’est devenu une obsession et je ne pensais qu’à en faire mon métier, même si, lors de ma première compétition, j’ai fini bon dernier!», assure-t-il en se marrant.

Au courant de tout

Dix ans de carrière au plus haut niveau, trois Tours de France, sept Vuelta (Tour d’Espagne), un Giro (Tour d’Italie) au sein de trois équipes pro, des rencontres marquantes telles que «Pedro Delgado que je suivais à la télévision et qui m’a fait entrer dans le cyclisme, Gianni Bugno, ex-champion du monde et vainqueur du Tour d’Italie qui, malgré son statut, s’intéressait aux nouveaux que nous étions.»

En 2006, Daniel cesse sa carrière de cycliste et devient conseiller en assurance tout en occupant la fonction de consultant à la RTS. «Avec ce job, j’ai l’impression de ne pas avoir quitté le peloton. Je vis la course, j’anticipe, je décris la tactique, je suis en plein dedans quoi.»

«Une fois l’étape terminée, il reste branché en étant au courant de tout. C’est sa force de consultant et un plaisir pour moi de pouvoir compter sur un tel passionné», poursuit Romain Roseng.

«Pas évident», reconnaît Daniel. «Quand on arrête une carrière de sportif de haut niveau, on sait que, quoi qu’on fasse après, plus jamais on ne vivra de telles émotions. Ce qu’on ressent en montant l’Alpe d’Huez avec tout ce public, c’est de la folie. Donc, c’est une forme de deuil!» Mais le vélo lui a «tout» appris: la remise en question, la passion, l’amitié, le leadership, la collaboration, l’esprit de la gagne, qualités qu’il utilise au quotidien tant dans sa vie privée que professionnelle. Ses potes le décrivent comme un gars disponible, fidèle en amitié et avec qui on a du plaisir à passer du temps. Daniel dit ce qu’il pense, sans détours, «même si au boulot on me reproche parfois d’être trop direct et sans filtre!»

« J’ai peur du vide »

L’important pour lui, au quotidien, est de se lever le matin en sachant qu’il va faire quelque chose de sa journée car «j’ai peur du vide». Au-delà de cet aspect, la situation familiale et le bien-être de son épouse et de ses deux enfants sont primordiaux. «Je tiens particulièrement à leur inculquer des valeurs qui se nomment famille, respect, honnêteté, passion et travail.»

Quant aux projets, il en a mille dans la tête, «Mais pas de place dans mon agenda plus que chargé. Disons que je me projette plus sur mes enfants maintenant!» La dégustation se poursuit, permettant aux 4 amis de passer «aux choses sérieuses»!

Claude-Alain Monnard

PROFIL EXPRESS

Un sujet d’agacement L’hypocrisie

Une devise Plus haut, plus vite, plus fort. La devise olympique

Tes passions Le vin, l’amitié, le sport en général, la course à pied et les marathons (Réd: Il court vite, Daniel!)

Un livre récent Le dernier Lapon d’Olivier Truc. Je suis ouvert à des genres
différents

Tes musiques Celles de Mylène Farmer, de Pink Floyd, de Simple Minds ou Dire Straits

Ton pronostic pour le prochain Tour de France reporté du 29 août au 20 septembre? Logiquement, Egan Bernal. Mon pronostic de coeur: Chris Froome, même si je ne suis pas spécialement fan. Mais après avoir été fracassé de partout, remporter un cinquème Tour à 34 ans serait incroyable

Ton meilleur souvenir de coureur En 2000, terminer mon premier Tour de France. En roulant sur les Champs-Elysées, je pleurais comme un gamin

Et le pire Devoir abandonner mon dernier Tour sur maladie deux jours avant l’ultime étape

Moudon, c’est… Un lieu qui n’attire pas, mais qui retient