Gilles-Emmanuel Fiaux, le peintre de Mont-la-Ville écrit une carte postale d’un endroit où il a posé son chevalet. Aujourd’hui, inspiré par l’ancienne porte de Morges à Cossonay

Longeant la rue depuis le Temple, tu passes devant la librairie où ton homonyme, une autre Isabelle, renseigne un client. Puis tu dépasses l’imposante colonne sans lui porter un regard, tant ces lieux sont familiers. Depuis le banc en bois de la Place du Pont, je te vois traverser la route surchargée d’automobilistes. Quelques siècles plus tôt, tu aurais foulé un pont par-dessus un ruisseau plutôt qu’un passage à bandes jaunes. C’est du moins ce que révèle une page sur l’histoire de Cossonay que je consulte depuis mon téléphone. Un QR-code fixé à même le banc m’a dirigé vers ce lien très instructif.

Il y avait donc une muraille protégeant le bourg dans lequel on pénétrait par l’une de ses trois portes d’accès, dont cette colonne est un vestige. Les gonds fixés dans la pierre ne régulent plus les allées et venues des habitants. Mais le monument s’est trouvé une autre fonction: porter les avis de décès. Si bien que la colonne prend un air grave et solennel, se penchant imperceptiblement vers les badauds qui tournent la tête afin de connaître le nom d’un disparu.

La proximité avec mon atelier permet de fréquents allers-retours afin de m’imprégner de l’endroit, d’y fixer les contours dans ma mémoire avant de les poser sur la toile. À la façon d’une abeille, je glane des éléments (un détail de la façade, le tracé de l’ombre formé par une encoignure..), butinant et rapportant le précieux nectar au rucher/atelier. J’ai mélangé du sable dans mes couleurs à l’huile afin de donner du relief à la façade. L’arbre n’a pas encore fleuri, mais j’ai recours à une photo prise l’année dernière pour ajuster mes tons. C’est comme si je déconstruisais mon sujet par élément afin de les recréer sur mon tableau. La toile, élégant refuge d’un monde passager.

GILLES-EMMANUEL

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