Rechercher le point d’équilibre, Jean-Paul Gobet en a fait une passion qui se vit dans la nature et plus précisément aux abords des rivières (comme ici à la Tine de Conflens). Il donne vie aux pierres et provoque notre imaginaire. Claude-Alain Monnard nous propose le portrait d’un artiste rare.

Depuis tout gamin, les cailloux l’attirent par leur côté mystérieux, les figures et les images décelables en eux. Il en éprouvait des cauchemars parfois! Des années plus tard, il s’amuse à en empiler quelques-uns à la façon des kerns.

En 2016, lors de balades en forêt et le long de cours d’eau, il ressent le besoin de juxtaposer de manière méthodique de belles pierres trouvées sur place. Assez vite, grâce à une grande habileté et à une «obstination» certaine, il réalise des sculptures spectaculaires et éphémères défiant les lois de la gravité et mettant en évidence des entités propres aux lieux visités.

Côtoyer un monde invisible

«Par mes sculptures un peu oniriques, je côtoie ce monde invisible qui est une réalité pour moi», explique l’artiste JPeg, alias Jean-Paul Gobet, que les téléspectateurs ont pu voir à l’œuvre dans «Le vertige des pierres», reportage de l’émission Passe-moi les jumelles sur la RTS, le 19 mars dernier.

«Mettre les pierres en équilibre, c’est aussi rechercher personnellement le vôtre?», lui ai-je demandé. «Peut-être, car cet effort physique et psychique que je m’impose avec plaisir s’avère constructif pour moi! L’équilibre donne la force, mais c’est l’entité qui prime. À mon avis, tout est lié et, par rapport au vécu de l’humanité, les pierres ont beaucoup de choses à nous dire.»

Partager ses réalisations

JPeg travaille au ressenti et, avant de choisir «ses» pierres, il s’imprègne de l’ambiance du lieu. «Tout d’un coup, une pierre me parle, puis une autre, jusqu’à la pièce maîtresse, toujours celle du haut.»

Il les dispose ensuite sur le sol pour contempler l’ensemble et il les monte en tenant compte de l’arrière-plan en vue de la photo finale. Ses roches suspendues en apesanteur racontent des histoires d’eau, d’esprits, de forces ou d’habitants invisibles des sous-bois. Il arpente régulièrement la région, dont la Tine de Conflens et la Carrière Jaune, au-dessus de Ferreyres. «Ce lieu, à l’allure de cathédrale, est très intéressant car la nature de ses pierres anguleuses permet de créer des sculptures sympas, mais aussi à cause de son âme puisque des gens y ont travaillé.»

L’artiste éprouve le besoin de partager ses réalisations. Ainsi, il répond volontiers à des commandes de particuliers pour qui il façonne des statues fixes montées dans son atelier. Récemment, il a publié un livre avec des photos de ses sculptures les plus marquantes.

Enfance à Renens et à Mex

Jean-Paul a grandi à Renens, puis à Mex. De ses souvenirs d’enfance, il cite son premier voyage au bord de la mer en famille, puis son immersion dans les forêts où, garçon assez solitaire et réservé, il aimait se plonger.

À 16 ans, il débute un apprentissage de dessinateur technique, mais la musique l’accompagne aussi totalement. Guitariste, il joue pendant des années dans divers groupes, il réside quelque temps au Canada.

De retour en Suisse, il enchaîne voyages, musique et petits boulots. À la fin des années 80, il se met à son compte en tant que graphiste et les sculptures éphémères prennent le relais peu avant sa retraite.

Au quotidien, la lecture d’ouvrages d’égyptologie, d’ethnologie ou d’archéologie lui plaît, tout comme la visite de musées et d’expositions. La question de l’environnement le préoccupe: «De nombreuses per-sonnes lancent des alarmes et font des efforts, mais derrière, au niveau économique et politique, ça ne suit pas», explique cet artiste à la sensibilité à fleur de peau.

Il joue aussi de la guitare

Avec lui, après une courte phase d’apprivoisement réciproque, le contact s’avère facile, même s’il trouve sa relation avec les gens quelquefois assez complexe, mais toujours chaleureuse. La tête pleine de projets artistiques – il lui faudrait une ou deux vies supplémentaires! –, Jean-Paul Gobet se déclare reconnaissant en évoquant sa trajectoire qui, «pour résumer, se situe beaucoup dans l’image, la musique, les voyages et les pierres. Actuellement, j’essaie de maintenir un peu mon niveau de guitariste car le jour où je ne pourrai plus soulever des cailloux, je monterai un vieux groupe de blues!», conclut-il en riant.

Claude-Alain Monnard

PROFIL EXPRESS

Une devise
Persiste dans ta voie en te motivant, tu réussiras! (paroles d’un vieux copain photographe)

Des musiciens
Ian Anderson de Jethro Tull, Jimmy Page de Led Zeppelin et Rory Gallagher

Des lieux inoubliables
Les volcans de Big Island à Hawaï; la Corse; le Sri Lanka, souvenirs de temples dans la jungle

Une utopie
La prise de conscience soudaine et générale de l’importance de l’écologie, du spirituel et du vivre ensemble

Sculptures qui vous touchent le plus
Adzod, une des premières, réalisée à la Tine de Conflens. Fata Mam-mana, créée en Corse, une sculpture très aérienne, la tête tournée vers le large

Des ambiances
Me trouver dans endroit où règne un silence absolu, tel que le désert, entraînant une forme de méditation; des concerts vivants; boire un verre avec des copains

Le titre du livre des photos de vos sculptures
«Roc Statera évéler les entités propres aux lieux»

Un site
www.rocstatera.com