ANNE-MARIE SEREX Ă HERMENCHES
Jolie et ancestrale tradition
Au Moyen-Ăge, les Brandons Ă©taient lâoccasion de se dĂ©fouler avant les contraintes du CarĂȘme. Aujourdâhui, si jeĂ»ne et abstinence ne sont plus imposĂ©s, la tradition de ces carnavals rĂ©gionaux reste plus que jamais ancrĂ©e Ă Yverdon, Payerne et Moudon, pour les plus connus. Journaux satiriques, cortĂšges et dĂ©guisements les plus fous… Trois jours de liesse donc, sous les confettis et aux rythmes endiablĂ©s des Guggenmusik.
Anne-Marie nâa jamais aimĂ© se joindre Ă ce rassemblement de foule en dĂ©lire. Toutefois, elle tient Ă perpĂ©tuer la tradition culinaire typique de cette fĂȘte, dont la recette se transmet dans sa famille depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations. Dans la cuisine de la ferme, on sâaffaire dĂšs le matin en commençant la prĂ©paration du levain. Pour assurer le travail des levures, un chauffage dâappoint tourne Ă plein rĂ©gime dans les piĂšces destinĂ©es Ă accueillir le levain puis la pĂąte, qui gonflera en deux Ă©tapes.
Dans le mĂȘme but, les ingrĂ©dients et les ustensiles doivent ĂȘtre Ă tempĂ©rature ambiante. «Ma grand-maman en faisait parfois une petite ration pour le souper du dimanche», explique Anne-Marie qui, habituellement, prĂ©pare la «grande recette» (140 piĂšces); le pĂ©trissage de la pĂąte, quâelle effectue Ă la main dans une lingĂšre en plastique, ressemble alors Ă une sĂ©ance de fitness!
«Les beignets des Brandons? Une affaire de femmes!»
Dans le salon, les boulettes lĂšvent une derniĂšre fois sous une feuille de plastique pour Ă©viter que leur surface ne se croĂ»te, ce qui compromettrait le façonnage des beignets. La pĂąte, lisse et Ă©lastique, se laisse Ă©tirer jusquâĂ devenir presque translucide. On peut lâĂ©tendre sur le genou, sur le dos de la main ou en la tenant dans le vide, en veillant Ă laisser un large bord. En les plongeant dans le bain de friture, leur centre se gonfle et forme une sorte de chapeau melon. Pour autant quâaucun trou, mĂȘme le plus infime, nâaie Ă©tĂ© percĂ© lors du façonnage!
Anne-Marie Ă©tait dâailleurs sceptique en admirant les longs ongles parfaitement manucurĂ©s de lâune de ses petites-filles, mais a dĂ» se raviser en contemplant le rĂ©sultat: de magnifiques chapeaux!
Cette journĂ©e en cuisine est un bon prĂ©texte pour passer un moment complice et… typiquement fĂ©minin. Car comme le dit Anne-Marie, entourĂ©e de ses petites-filles, filles et belle-fille, «les beignets de Brandons, câest une affaire de femmes»! Du moins jusquâau moment de les dĂ©guster.
Texte et photos Carole David
INGREDIENTS
Levain
– 300 g env. farine fleur
– 3,75 dl eau tiĂšde
– 1 cube levure fraĂźche
PĂąte
– 2 kg env. farine fleur
– 350 g sucre
– 1 verre vaudois de vin blanc
– 7,5 dl lait, tiĂšde
– 3,75 dl crĂšme, tiĂšde
– 4 Ćufs, battus
– 1 bonne cc de sel
– 225 g beurre, mou
– 4 boĂźtes Sais Astra 10 (de 450 g)
RECETTE
Levain
– Verser lâeau dans un bol et y dĂ©layer la levure.
– Ajouter et mĂ©langer progressivement la farine jusquâĂ lâobtention dâune pĂąte mollette, donc relativement collante.
Laisser doubler de volume dans un local bien tempéré (env. 1h).
– Dans un grand baquet, mĂ©langer sucre, vin, levain, lait, crĂšme, Ćufs et sel.
– Ajouter progressivement la farine et bien malaxer le tout.
– Ajouter le beurre et malaxer jusquâĂ ce que vos mains soient «propres» et la pĂąte bien lisse. Au besoin, ajouter un peu de farine.
– Laisser lever env. 2 h.
– PrĂ©lever des portions de pĂąte et former des pĂątons.
– Couper en tronçons et former des boulettes de la taille dâun gros abricot.
– DĂ©poser sur un linge, recouvrir dâun plastique et laisser lever min. 1h.
– Chauffer la graisse dans une casserole en fonte.
– Prendre une boulette et Ă©tirer la pĂąte en rond aussi finement que possible, en laissant un large boudin tout autour.
– Plonger le beignet dans la graisse jusquâĂ ce quâil soit bien dorĂ©.































