Les cors des Alpes de la Venoge ont sonné en Chine

«Le moment le plus fort de notre voyage a été de pouvoir jouer du cor des Alpes sur la muraille de Chine!» Prononçant cette phrase, Alain Quidort en a encore les frissons. Et pourtant, le président des Cors de la Venoge en a vécu bien dʼautres durant ce séjour asiatique inoubliable pour lui et les cinq autres musiciens.

Les Cors des Alpes de la Venoge est un ensemble créé à lʼorigine pour les célébrations intercommunales du 700e anniversaire de la Confédération sur le Mormont. Fondé alors par les syndics dʼEclépens, La Sarraz et Lussery-Villars (Alfred Cholly, Jacky Francfort et Jean-Marc Rochat), ce groupe (appelé de Conflens à lʼorigine et renommé de la Venoge par la suite) a évolué au fil des ans. Répétant les mardis soir à Eclépens, il se produit une trentaine de fois par an à lʼoccasion de mariages, désalpes, anniversaires ou fêtes telles que lʼAbbaye ou du Vacherin. Il compte actuellement dix joueurs et un directeur, mais seuls six téméraires ont pu oser cette extraordinaire aventure chinoise.

Une expérience résultant du hasard des recherches faites par une coordinatrice française. La «dame de Clermont-Ferrand», comme la nomme Alain Quidort, lʼa contacté car elle recherchait des groupes de folklore vraiment typiques à chaque pays et pensait que le cor des Alpes était idéal pour représenter la Suisse. Après mûre réflexion, les Eclépanais ont accepté de relever le défi. Chose pas simple si lʼon voyage avec des instruments de 3,5 mètres de long. Mais la compagnie aérienne chinoise a bien joué le jeu en matière de tarif, vu lʼobjectif à atteindre!

Débarqués à lʼaéroport de Pékin, les petits Suisses et leurs grands instruments ont ensuite pris un train hyperrapide pour rejoindre Zhengzhou: en 2h30, le trajet de 800 kilomètres était parcouru… «En Europe, nous ne sommes que des amateurs», relève Alain Quidort, impressionné non seulement par les transports, mais aussi par lʼorganisation chinoise dans son ensemble.

Devant 70 000 spectateurs par jour

Durant sept jours au cœur de la Chine, ces joueurs régionaux de cor des Alpes ont donc fièrement représenté la Suisse lors du Festival international des cultures du monde. Du 30 septembre au 6 octobre, soit durant la semaine fériée (eh oui, cʼest bien une semaine complète) de fête nationale, ils se sont produits lors dʼune vingtaine de prestations devant 70 000 spectateurs chaque jour! Il faut dire que 13 millions dʼhabitants vivent dans cette ville de Zhengzhou, capitale de la province du Henan.

Seize nations étaient représentées, et les groupes folkloriques présentaient trois spectacles quotidiens, à tour de rôle sur quatre scènes réparties dans un immense parc public. En fin de journée, un cortège regroupait les 300 artistes qui paradaient sur plus de 2 km de chemins bordant un lac. Alain Quidort se remémore avec émotion les innombrables photos prises par les spectateurs, les chaleureux applaudissements, la gentillesse dʼun public intergénérationnel et très respectueux. Malgré lʼimmensité des lieux et la multitude de gens, à aucun moment son groupe nʼeut la sensation dʼêtre oppressé ou agressé. Par ailleurs, les moments vécus avec les artistes des autres pays laissent entrevoir dʼautres possibilités dʼéchanges.

Ne rester quʼune semaine dans «lʼEmpire du Milieu» aurait été un peu dommage, avait estimé le groupe. Un si long trajet méritait dʼy demeurer encore une dizaine de jours, afin de découvrir Pékin, sa Cité interdite, la place Tiananmen et la muraille de Chine. Nʼayant pas lʼautorisation dʼy amener leurs cors en épicéa, les musiciens nʼont donc pu en emporter quʼun seul, plus léger, repliable donc plus facilement transportable dans le téléphérique. Là-haut, sur cette muraille si réputée – et surtout terriblement contrôlée –, les musiciens ont chacun interprété le morceau de leur choix.

«La musique n’a pas besoin de traduction»

Jouissant en plus dʼune météo très agréable durant son séjour, le groupe des Cors de la Venoge est rentré en Suisse chargé dʼune multitude de souvenirs qui resteront gravés à jamais dans leur mémoire. Y compris les moments de rires lors des repas, où maîtriser des baguettes sʼest avéré beaucoup plus difficile que dʼapprendre à jouer du – pourtant très difficile – cor des Alpes!

Racontant ce périple, Alain Quidort reste ému et reconnaissant, mais surtout fier que son équipe ait pu assurer une véritable mission de diplomatie culturelle et de digne représentation de la Suisse. Il conclut en disant: «La musique nʼa pas besoin de traduction. Elle permet de nous rencontrer, de partager des émotions et aussi de créer des liens même lorsque des milliers de kilomètres nous séparent.»

Chapeau!

PIERRE-ALAIN PINGOUD

Articles recommandés