Redzipet: lʼart vaudois de rapporter
Il y a des gens à qui on ne dit rien. Pas parce quʼils sont discrets, justement, mais parce quʼils ne le sont pas. En pays vaudois, pour parler de ce genre de personnage, il existe un mot parfaitement calibré: redzipet.
Le redzipet, cʼest le rapporteur, le mouchard, celui qui ne peut pas sʼempêcher de répéter ce quʼil a entendu.
Et le verbe qui va avec, redzipéter, dit exactement lʼaction: rapporter, raconter, colporter.
On trouve même un nom dʼaction, redzipétage, au sens très précis de «cancan».
Dire, redire… et trop dire
En Suisse romande, redzipet et ses dérivés appartiennent à une famille aujourdʼhui largement disparue ailleurs: dzapet, dzipet, rapportapet, raccusepet. Autant de termes qui disent la même chose, avec une créativité lexicale réjouissante – et une méfiance assumée envers ceux qui parlent trop.
À lʼorigine, pourtant, le mot est encore plus imagé quʼil nʼy paraît. Redzipet remonte à une forme plus ancienne, redipet, qui désigne littéralement «celui qui redit des pets». Lʼimage est claire: ce qui aurait dû rester discret, intime, est remis en circulation. On ne rapporte pas nʼimporte quoi: on redzipète précisément ce qui nʼaurait pas dû sortir.
Un bruit bien local
Étymologiquement, le mot est attesté en patois vaudois dès le début du XIXe siècle, et cʼest par lʼintermédiaire de ce système linguistique quʼil est passé en français local (quelques décennies après), comme le confirme le son dz, caractéristique des patois francoprovençaux.
Aujourdʼhui, il nʼest pas connu en dehors des frontières du canton, où il demeure encore bien vivant, notamment parce quʼil est perçu comme typique.
Avec redzipet, le vaudois rappelle une chose simple: parler, ce nʼest jamais neutre. Et quand on parle trop (ou mal), on finit toujours par faire du bruit. Un bruit que, décidément, tout le monde nʼavait pas envie dʼentendre…
MATHIEU AVANZI Centre de dialectologie et d’étude du français régional (Université de Neuchâtel)
ILLUSTRATION: PASCAL CLAIVA





























