Entre les deux photos de cet Ă©dito, un mois a passĂ©, mais un mois pas comme les autres. Un mois oĂč le «moi normal qui vit dans une sociĂ©té» sâest arrĂȘtĂ©. Un mois oĂč lâon a Ă©tĂ© contraint de faire comme tout le monde, oĂč tout ce qui constitue lâessence mĂȘme de notre humanitĂ© â le contact, lâĂ©change, la proximitĂ© â a Ă©tĂ© rangĂ© au placard. Comme si lâon pouvait tout dĂ©connecter dâun coup.
Eh bien, on a pu.
En terminant lâĂ©dition du numĂ©ro du 25 mars, jâai dĂ©cidĂ©, pour la premiĂšre fois de ma vie, de ne pas me raser jusquâau numĂ©ro du 24 avril, puisquâentretemps notre journal a dĂ» cesser sa parution durant trois semaines (chute vertigineuse des recettes publicitaires et de la matiĂšre rĂ©dactionnelle).
DerriĂšre ce petit dĂ©fi de rien du tout, il y avait une symbolique. Oui, le temps a passĂ© et oui la barbe a poussĂ©. Cela signifiait pour moi que lâon Ă©tait dans la salle dâattente de la vie et que cette existence vĂ©cue entre parenthĂšses nâest pas celle qui est faite pour lâhumain.
Par consĂ©quent, au moment oĂč notre hebdomadaire reprend du service, je vais me dĂ©barrasser vite fait de cet accessoire pilifĂšre. Ăa y est, je considĂšre que je suis sorti de la salle dâattente et que dĂ©sormais, il va falloir reconstruire les chemins vers notre vie rĂ©elle. Bien sĂ»r, je vais suivre les recommandations qui seront Ă©dictĂ©es par le Conseil fĂ©dĂ©ral, mais je ne vais pas participer au commentaire de cette sortie par Ă©tape du confinement. Pourquoi? Parce que notre sociĂ©tĂ© y est entrĂ©e ensemble dans ce confinement et que, dĂ©sormais, il faut quâon en sorte ensemble. Si chacun de nous y va de son propre avis, ce sera (ou peut-ĂȘtre est-ce mĂȘme dĂ©jĂ ) une vaste cacophonie. Ne nous en faisons pas, lâĂšre du «moi-je» a encore de beaux jours devant elle. Donc dâici au 8 juin, jouons collectif.
Alors, bien sĂ»r, on va entendre des voix (ou peut-ĂȘtre les entend-on dĂ©jĂ ) qui vont dire: «Câest risqué». Oui, câest risquĂ©, mais ne rien risquer Ă©quivaut Ă risquer encore davantage! Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que la vie est risquĂ©e, elle lâa Ă©tĂ© avant le COVID-19, elle le sera encore longtemps aprĂšs que lâon aura trouvĂ© une parade contre ce satanĂ© virus. LâĂ©crivain français Marcel Pagnol disait: «Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, nâachetez pas un bateau: achetez une Ăźle!»
Risquons donc, en confiance et en appliquant les mesures de sĂ©curitĂ©, un retour Ă notre vie ordinaire (en nâoubliant pas que 80 Ă 85% des gens qui vont contracter le virus dĂšs le 27 avril souffriront dâune forme bĂ©nigne de la maladie, voire nâauront aucun symptĂŽme).
Parce quâĂ trop vouloir protĂ©ger les plus fragiles, nos aĂźnĂ©s, nous avons Ă©rigĂ© une forme de prison invisible entre eux et nous. Une visioconfĂ©rence ne remplacera jamais le cĂąlin dâune grand-maman Ă ses petits-enfants. Et le manque de tendresse, de contact humain est une souffrance qui tue davantage Ă mes yeux. «Les caresses sont aussi nĂ©cessaires Ă la vie des sentiments que les feuilles le sont aux arbres. Sans elles, lâamour meurt par la racine ». Ce mot de lâĂ©crivain amĂ©ricain Nathaniel Hawthorne, je le fais mien Ă lâissue de cet Ă©dito.
Faisons-nous confiance, continuons dâĂȘtre responsables et retournons peu Ă peu Ă notre seul destin qui vaille, celui de vivre libre.
Pascal Pellegrino, rédacteur en chef,
ppellegrino@journalcossonay.ch






























